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Lun. 2 nov.19:00 · UTC+1
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En quelques mots
Hatun a toujours su ce qu'elle voulait. Hatun a fait sa valise et est partie pour l'Allemagne. Son mari est resté, lui et les enfants ne l'ont rejointe que plus tard. À ce moment-là, Hatun avait depuis longtemps trouvé du travail dans un village de Haute-Bavière et s'était rendue indispensable grâce à son intelligence, son ardeur au travail et sa circonspection. Aujourd'hui, Hatun est âgée, elle devient oublieuse. Mais une chose, elle l'a bien comprise, et ça, elle ne l'oublie pas : Sinem fait de la musique, elle chante et danse sur scène. Maintenant, Sinem a déjà enregistré son deuxième album qui portera son nom : « Hatun ». Un portrait d'elle, la jeune Hatun, figurera également sur la pochette du disque. Sinem est sa petite-fille, et elle sait ce qu'elle veut.
Sinem a grandi en Haute-Bavière, au bord de l'Ammersee. Elle a déménagé à Munich, où elle vit encore aujourd'hui. Son père lui avait fait écouter de la pop occidentale, la version cool : Tanz den Mussolini. Chez ses grands-parents, on écoutait et chantait la musique du pays natal. Les classiques de la culture pop turque, interprétés et réinterprétés encore et encore, souvent par des chanteuses dont les noms ont fini par acquérir une résonance mythique, parce qu'elles ne sont pas de simples chanteuses. Elles interprètent les textes des poètes-chanteurs, les Aşıks, et elles écrivent les leurs. Elles parlent des choses qui comptent. De l'amour, qu'il soit non partagé, impossible ou révolu, de la douleur et de la nostalgie. Mais aussi de ce qui se passe, au village, dans le pays, dans le monde, de l'injustice et de la résistance face à celle-ci.
Sur son premier album « Köşk », Sinem interprétait de tels classiques. Ils avaient tous en commun de porter une prise de position. À travers leurs paroles, leur son ou par des mouvements élégants comme celui-ci : chanter la chanson d'un macho qui parle d'une femme. Le fait que ce soit maintenant la voix de Sinem qui chante ces mots, tout en se roulant de manière extatique sur la scène, en dit plus long que n'importe quel séminaire féministe. C'est de l'Anadolu Punk.
Le nouvel album, « Hatun », commence par « Ötme Bülbül Ötme », écrit par Pir Sultan Abdal, interprété par Sercan Öztürk et Hüseyin Korkankorkmaz. C'est l'une des chansons que Sinem écoutait chez ses grands-parents. Peut-être leur parlait-elle de la vie en exil : « Ne chante pas, rossignol, mon jardin n'est pas joyeux. Je me consume de nostalgie pour toi. » Pour « Hatun », Sinem a repris des classiques de Sezen Aksu, Erkin Koray et d'autres, qui revêtent une signification particulière pour elle et l'accompagnent depuis longtemps.
Sinem, le groupe où Tom Wu est responsable de la musique et Sinem du chant, a cependant aussi écrit ses propres chansons. Nées d'eux-mêmes, elles développent une force propre. On répond à la voix de la tradition depuis le présent, le passé formant la chambre d'écho des histoires d'aujourd'hui.
Les attentes que les autres placent en nous nous poussent seulement à regarder vers le passé et vers l'avenir, mais jamais à vivre dans l'instant présent et à être satisfaits de ce que l'on fait et de ce que l'on est. Sinem a une réponse insolente à cela : « Bana ne », je m'en fiche ! « J'ai fait cela moi-même. Et j'ai fait cela moi-même. Qu'est-ce que tu vas y faire ? Qu'est-ce que ça peut te faire ? Je m'en fiche ! » C'est ainsi que, sur le deuxième morceau de l'album, Sinem élève sa voix au-dessus d'un titre rock charpenté qui trace sa propre route, stoïque et d'un pas ferme.
Il ne faut pas que ce soit ainsi, disent-ils. Nous devons faire ce qui correspond à notre rôle. Mais ce conte de fées, la narratrice de Sinem dans « Masal » semble ne plus vouloir l'avaler : une gentille, polie, calme et douce fille s'évade de sa cage et se transforme en une fille courageuse, libre et ailée. Ou cette belle histoire de sa libération n'est-elle qu'un conte de fées de plus, face auquel la fille n'a le droit que de hocher sagement la tête ?
« Asla ! » est un morceau percutant, qui dure à peine deux minutes. Il traite d'un tabou qui touche davantage les femmes que les hommes. Il ne faut pas trop se mouiller. « Jamais ! », pour que l'interlocuteur
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